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e5t 2020 : Concilier énergies fossiles et transition énergétique

22 Oct 20

Mercredi 21 octobre, l’université e5t 2020 réunissait autour d’une table ronde des acteurs des énergies fossiles (Primagaz, GRDF, Avia) ainsi que l’expert énergéticien Philippe Charlez. Face à une forte réduction de leurs opportunités de développement, quel rôle peuvent jouer ces acteurs traditionnels dans la transition énergétique ?

Alors que l’urgence climatique s’impose de plus en plus fortement, les producteurs d’énergies fossiles font face à davantage d’incertitudes sur leur avenir. Loin de faire partie du passée, elles sont aujourd’hui pressées de mettre en place de profondes transformations.

e5T 2020 énergies fossiles et transition énergétique Matthieu Lassalle Primagaz

L’université e5t a réuni Matthieu Lassalle, le PDG de Primagaz, Catherine Leboul Proust, Directrice stratégique chez GRDF, Franck Chenu, Directeur commercial AVIA France et Philippe Charlez, ingénieur des Mines de l’école Polytechnique de Mons et expert de l’institut Sapiens.

Les producteurs et distributeurs d’énergies fossiles ont présenté leurs perspectives pour faire évoluer leurs filières respectives. L’ingénieur a quant à lui proposé sa vision d’un mix énergétique réalisable pour décarboner au mieux l’habitat, les transport et l’industrie.

Biogaz, biomasse : transformer le fossile en renouvelable

 

Il ne s’agit pas de faire table rase. Les énergies fossiles ont un rôle à jouer pour réussir cette transition énergétique. On ne pourra pas renverser la table du jour au lendemain.

Matthieu Lassalle, PDG de Primagaz

 

Le PDG de Primagaz a mis en avant l’évolution du GPL vers du biogaz ainsi que le passage au biopropane, en remplacement du fioul pour le bâtiment. Selon des expérimentations E+C- (Energie positive et réduction Carbone) menées par Primagaz avec l’accord de la Direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Paysage, le biopropane permettrait de réduire la consommation énergétique d’un habitat de 80 % par rapport au fioul, a assuré Matthieu Lassalle.

« Un acteur d’une vieille filière fossile peut apporter sa contribution à la transition énergétique” a conclu le PDG de Primagaz.  Contribution qui passe donc par une évolution vers les énergies renouvelables.

Catherine Leboul Proust, la Directrice stratégie de la société historique de distribution de gaz en France GRDF, a également développé les perspectives de l’entreprise sur les gaz renouvelables.

 

Nous avons réalisé une évaluation avec l’Ademe pour vérifier si cette conversion du gaz issu du pétrole au gaz issu de renouvelables était quelque chose de pertinent, de sérieux. La réponse était “oui”.

 

« Nous avons 3 options la méthanisation, le power to gaz (c’est-à-dire l’électrolyse) et la pyrogazéification » (qui consiste à chauffer des déchets naturels à plus de 1000 degrés en présence d’une faible quantité d’oxygène).

En terme d’enjeux, “la décarbonation par le biométhane permet de diviser par 10 les émissions de CO2” a expliqué Mme Leboul Proust. Les réseaux existant déjà, ces énergies renouvelables apportent de la flexibilité au système énergétique. D’autant que ces énergies ne nécessitent pas de transformation particulière pour pouvoir être injectées dans le réseau.

La directrice Stratégie de GRDF a tenu à souligner également la production locale de ces énergies, qui permet de réduire la balance commerciale et de créer de valeur sur le territoire.

 

e5t 2020 GRDF Catherine Proust directrice stratégie

Catherine Reboult Proust, Directrice stratégie chez GRDF

Où en sommes nous ?

La méthanisation est le segment le plus mature, en plein essort.
« La loi énergie climat a ancré l’objectif au moins 10 % de gaz d’origine renouvelable dans la consommation globale de gaz d’ici 2030. La filière travaille désormais sur des labels de qualité ».

Côté pyrogazéification et Power to gas, Mme Leboul Proust a souligné des avancées législatives et une intégration au plan de relance. Elle a également reconnu qu’il demeurait beaucoup d’incertitudes et que le sentiment d’urgence se mêlait à bien des interrogations : comment dépasser les lenteurs que l’on perçoit toujours sur la filière, filière transverse à plusieurs ministères ? Comment aborder de façon complémentaire tarif d’achat et financement extra budgétaire ? Comment dépasser la défiance au niveau local ?

Biocarburants : de l’huile de palme à l’huile d’algues

Le directeur commercial d’AVIA Picoty, Franck Chenu, a quant à lui donné ses éclairages sur le potentiel des biocarburants, d’origines végétales, animales, issus des déchets, dans un contexte où le transport représente 30 % des émissions de gaz à effets de serre mondiales.

Picoty incorpore ainsi des Bioéthanols dans les super carburants et également des Biodiesels dans le gasoil.

Le bioéthanol : il s’agit d’un alcool produit par fermentation du sucre issu de plantes (betterave et canne à sucre) ou de l’amidon extrait de céréales voir de pommes de terre. L’alcool est ensuite distillé et déshydraté pour obtenir du bioéthanol

Il est également possible de travailler sur :

  • du bois, de la paille ou des résidus agricoles pour récupérer la cellulose a-t-il expliqué.

Le biodiesel : il est principalement fabriqué à partir d’huiles végétales. Essentiellement issu du colza, de palme, de soja, de tournesol… Il peut être également issu de graisses animales ou d’huiles alimentaire usagées.

“Depuis 2020 l’huile de palme n’est plus considérée comme un biocarburant. En 2021/22: l’huile de soja ne sera plus considérée comme un biocarburant” a rappelé Franck Chenu souhaitant visiblement souligner la complexité de cette transition énergétique (la loi n’a pas encore été votée au Sénat, ndlr).

Les biocarburants du futur, ce sont ceux qui ne sont pas issus de l’agriculture et ne font pas concurrence à ce secteur : on parle donc de résidus agricoles qui seront transformés en gaz de synthèse et mélangés à du diesel, des huiles végétales hydrogénées. “Ces 2 produits sont de bonne qualité mais sont beaucoup plus chers que les biocarburants de première génération » a noté le directeur commercial d’Avia.

« La troisième génération, ce sont les microalgues. Récupérer les graisses des algues pourrait permettre d’en faire un biokérosène entre autres. Mais tout cela est encore à l’état de recherche dans les laboratoires”.

La France mène une politique pro biocarburants via une taxe incitative envers les pétroliers pour qu’ils incorporent ces biocarburants dans les carburants d’origine fossile. “Une taxe incitative qui est plutôt une obligation ».

La France est aujourd’hui le quatrième producteur mondial de biocarburant sur le territoire.

En conclusion, l’énergie algale apparait comme une solution pour répondre aux enjeux climatiques et nous sommes impatients de découvrir le biokérosène pour l’aviation prochainement aux universités e5t.

Conference e5t 2020 consilier energies fossiles climat et croissance Philipe Charlez

Conference e5t 2020 - Philipe Charlez

« La croissance verte sera arc-en-ciel »

L’intervention de Philippe Charlez, expert énergéticien à l’institut Sapiens, a permis de poser un regard plus global sur un futur mix énergétique décarboné et sur le rôle des fossiles à l’avenir. Nous citerons donc le rappel historique fait par M. Charlez en introduction de son intervention : entre le début de l’Empire romain et le milieu du 19ème siècle, le monde n’a quasiment pas connu de croissance économique. « Ce monde fonctionnait aux énergies renouvelables non technologiques (l’eau, le vent, le bois…). »

 

Quand l’homme est passé à une société d’énergies fossiles, la croissance économique est apparue. L’énergie n’est pas le seul ingrédient de la croissance. Mais si la technologie est son catalyseur, l’énergie est son véritable indice.

Philippe Charlez

Le docteur en physique résume ainsi les objectifs liés à la transition énergétique et à la lutte contre le réchauffement climatique : « On veut remplacer le PIB brun par le PIB vert ». L’essentiel du travail est donc de décarboner les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre : l’habitat, le transport et l’industrie. « Toutes les technologies existent » note Philippe Charlez devant le public d’e5t 2020 :

  • « Les pompes à chaleur, les chauffe-eau thermodynamiques, le biogaz pour la maison.
  • « L’électricité, l’hydrogène et le biogaz pour les transports »
  • « Il est plus compliqué de décarboner l’industrie notamment pour le ciment, le verre et l’acier mais l’hydrogène permet de le faire en partie ».

 

e5t 2020 evolution modele croissance transition energetique

Philippe Charlez - Evoluer d'un PIB brun à un PIB vert

Le problème n’est pas tant la technologie que la mise à l’échelle.

Remplacer toutes ces énergies fossiles par, essentiellement, de l’électricité demanderait de quasiment doubler le production d’électricité en France en 2050.

D’où viendra cette électricité verte ? »Je ne crois pas à ce modèle de renouvelable centralisé qui consisterait à fournir de l’électricité à Strasbourg via le vent de Bordeaux… » même s’il est compensé par de l’hydroélectricité. « Ni celui, d’ailleurs, de mettre en œuvre de gigantesques batteries qui pourraient compenser les intermittences ».

Je crois en un modèle décentralisé : là où on a de bons gisements de vent et de soleil, il faudrait les compenser par des petites centrales thermiques ou nucléaires.

Cela se traduirait par le mix énergétique suivant à horizon 2050 :

  • 35 % de renouvelables (solaire et éolien)
  • 15 % hydroélectricité
  • 50 % de thermique : gaz naturel, biogaz ou nucléaire.

« Les énergies fossiles encore nécessaires devront être compensées par de la capture et des puits de carbone naturels ». L’ancien expert en mécanique des roches de Total a rappelé que les puits de carbone végétaux impliquaient un effet d’échelle « démentiel » : « Un arbre va accumuler de l’ordre de 30 à 50 kilos de carbone par an, il faudrait donc pour compenser nos émissions planter environ 8 milliards d’arbres ».

Ces interventions ont beaucoup parié sur la transformation des acteurs du fossile en producteur d’énergie issue de matériaux renouvelables. Cela en ferait presque oublier que les investissements des banques dans les énergies fossiles n’ont fait qu’augmenter entre 2016 et 2019.

Comme l’ont souligné la plupart des intervenants, la lenteur de l’évolution des filières est une menace pour la lutte contre le réchauffement climatique. Mais les solutions semblent bien exister.

 

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